TVA et intermédiaire d’assurance : ce que vous devez savoir en 2025

Introduction : un régime d’exonération sous tension

L’exonération de TVA applicable aux opérations d’assurance et aux prestations qui y sont afférentes réalisées par des intermédiaires et courtiers n’est pas nouvelle. Codifiée à l’article 261 C, 2° du Code général des impôts (CGI), cette exonération trouve sa source dans la directive 2006/112/CE dite « Directive TVA », laquelle impose aux États membres d’exonérer les opérations d’assurance et de réassurance ainsi que les services afférents rendus par les courtiers ou intermédiaires.

En apparence stable, ce régime d’exonération a fait l’objet de réinterprétations majeures, guidées par la jurisprudence européenne – notamment l’arrêt CJUE, 17 mars 2016, Aspiro, aff. C-40/15 – et progressivement intégrées par l’administration fiscale dans le BOFiP, avec des mises à jour structurantes les 13 novembre 2019, 27 avril 2022, et 27 juillet 2024.

Pour les courtiers, grossistes, co-courtiers, ou gestionnaires, comprendre précisément les contours de cette exonération est devenu crucial, notamment pour sécuriser leur facturation et limiter les risques de requalification en cas de contrôle fiscal.


I. Le socle juridique de l’exonération : entre principe et interprétation restrictive

Le principe posé par l’article 261 C, 2° du CGI

Selon cet article, sont exonérées de TVA :

« Les opérations d’assurance et de réassurance ainsi que les prestations de services afférentes à ces opérations effectuées par les courtiers et intermédiaires d’assurances. »

🔍 Références clés :

  • Article 261 C, 2° du CGI ;
  • Article 135, §1, a) de la directive 2006/112/CE.

L’interprétation de ces dispositions, en droit de l’Union, est stricte, comme le rappelle la Cour dans l’arrêt Aspiro (pt. 20). L’objectif est d’éviter une application trop extensive de l’exonération, qui pourrait favoriser une distorsion de concurrence.

L’arrêt « Aspiro » : une remise en cause de l’exonération automatique

Dans cette affaire, la CJUE a jugé que des prestations de gestion consistant uniquement au règlement de sinistres réalisées par un prestataire pour le compte d’un assureur ne relèvent pas automatiquement de l’exonération de TVA. Pour en bénéficier, il faut :

  • être en lien avec l’assuré et l’assureur (même indirectement),
  • et exercer des activités caractéristiques de l’intermédiation : recherche de prospects, présentation, mise en relation.

La « gestion isolée » de sinistres ne suffit donc pas.

📚 CJUE, 17 mars 2016, Aspiro, C-40/15.


II. Les positions successives de l’administration fiscale : une doctrine en évolution

Avant 2019 : une exonération fondée sur le statut réglementé

Jusqu’en 2019, l’administration conditionnait l’exonération à l’exercice d’une activité réglementée au sens du Code des assurances (ex. : immatriculation ORIAS, activité définie à l’art. L.511-1 du Code des assurances).

Elle distinguait :

  • les assureurs (exonérés pour leurs opérations réglementées),
  • les courtiers (exonérés s’ils intervenaient dans le cadre de la distribution).

Une approche insuffisante au regard de la jurisprudence

Cette approche formelle a été abandonnée au profit d’une lecture fonctionnelle de l’activité, inspirée par la jurisprudence Aspiro et confirmée par le Conseil d’État dans un arrêt du 9 octobre 2019.

📚 CE, 9 oct. 2019, n° 420187.


III. Vers une approche substantielle : les mises à jour du BOFiP de 2022 et 2024

Conditions cumulatives posées par le BOFiP

Depuis la mise à jour du 27 avril 2022 (renforcée en juillet 2024), l’exonération repose sur deux conditions cumulatives :

  1. L’opérateur doit être un courtier ou intermédiaire d’assurance au sens fiscal ;
  2. Il doit rendre des prestations afférentes à des opérations d’assurance ou de réassurance.

Remarque : l’approche statutaire (inscription ORIAS, etc.) n’est plus suffisante.

Intermédiaire d’assurance : une définition fiscale

L’intermédiaire d’assurance doit :

  • être en lien avec l’assureur et l’assuré (lien direct ou indirect),
  • et participer à la prospection commerciale.

📌 BOI-TVA-CHAMP-30-10-70, § 60 et s. (mise à jour du 24/07/2024).

Quid de la situation du co-courtier gestionnaire :

La doctrine de 2024, à travers le rescrit BOI-RES-TVA-000148, reconnaît l’exonération au co-courtier gestionnaire, même s’il ne réalise pas seul la prospection, à condition qu’il soit impliqué dans la commercialisation globale (renouvellement, reporting, présentation de garanties…).


IV. Prestations afférentes aux opérations d’assurance : quelles activités sont concernées ?

Liste non exhaustive des prestations exonérées

Selon le BOFiP, sont exonérées si réalisées par un intermédiaire, notamment, :

  • Souscription,
  • Affiliation de bénéficiaires,
  • Appel/encaissement des primes,
  • Gestion des polices et sinistres,
  • Renouvellement de contrats,
  • Présentation de nouvelles garanties.

Il s’agit d’une liste non limitative et dont l’administration admet une interprétation particulièrement large.

❌ Prestations exclues de l’exonération

Si le prestataire n’agit pas en qualité d’intermédiaire au sens du BOFiP (ex. : société de gestion, expert-comptable, prestataire informatique) ou si la prestation est déconnectée de la commercialisation, alors elle est soumise à TVA.

📚 BOI-TVA-CHAMP-30-10-70, § 80 et s.

Exemples de prestations imposables :

  • Simple gestion de sinistres pour un assureur,
  • Maintenance informatique d’outils assurantiels,
  • Gestion de plateformes d’appels non liées à la commercialisation.

V. Enjeux pratiques pour les courtiers et gestionnaires : attention à la documentation !

L’importance de bien documenter les partenariats

Pour sécuriser leur exonération de TVA, les courtiers partenaires, grossistes et co-courtiers gestionnaires doivent :

  1. Prévoir des conventions de partenariat/co-courtage détaillées ;
  2. Décrire les missions commerciales : prospection, présentation, renouvellement ;
  3. Prévoir une traçabilité des relations tripartites (assuré / assureur / intermédiaire).

L’administration attend des preuves concrètes de l’implication dans la commercialisation (et non uniquement la gestion).

📌 Check-list pour sécuriser l’exonération

  • ✅ Le contrat précise-t-il l’existence de missions commerciales ?
  • ✅ Y a-t-il une traçabilité des actions de mise en relation ?
  • ✅ Le courtier gestionnaire participe-t-il aux renouvellements ou aux ajustements de garanties ?
  • ✅ Les missions dépassent-elles la simple exécution technique ou administrative ?

Conclusion : un cadre clair, mais exigeant

Le régime de TVA applicable aux prestations afférentes aux opérations d’assurance a connu une mutation profonde : l’exonération ne découle plus du statut mais de la nature des prestations.

Les intermédiaires d’assurance doivent aujourd’hui démontrer qu’ils jouent un rôle actif dans la prospection (au sens large), y compris de manière indirecte. Les conventions, les process internes et les preuves d’activité commerciale deviennent donc des éléments clés de sécurisation.

La veille juridique doit être continue, tant l’évolution de la doctrine et de la jurisprudence peut rapidement faire basculer une prestation dans le champ d’application de la TVA.


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